SAINT GRÉGOIRE LE GRAND
Pape
(540-604)
C'est
à bon droit que cet illustre Pape est appelé le Grand; il fut, en
effet, grand par sa naissance, -- fils de sénateur, neveu d'une sainte,
la vierge Tarsille; -- grand par sa science et par sa sainteté; --
grand par les merveilles qu'il opéra; -- grand par les dignités de
cardinal, de légat, de Pape, où la Providence et son mérite l'élevèrent
graduellement.
Grégoire était né à Rome. Il en occupa
quelques temps la première magistrature, mais bientôt la cité, qui
avait vu cet opulent patricien traverser ses rues en habits de soie,
étincelants de pierreries, le vit avec bien plus d'admiration, couvert
d'un grossier vêtement, servir les mendiants, mendiant lui-même, dans
son palais devenu monastère et hôpital. Il n'avait conservé qu'un seul
reste de son ancienne splendeur, une écuelle d'argent dans laquelle sa
mère lui envoyait tous les jours de pauvres légumes pour sa nourriture;
encore ne tarda-t-il pas de la donner à un pauvre marchand qui, après
avoir tout perdu dans un naufrage, était venu solliciter sa charité si
connue.
Grégoire se livra avec ardeur à la lecture des
Livres Saints; ses veilles, ses mortifications étaient telles, que sa
santé y succomba et que sa vie fut compromise. Passant un jour sur le
marché, il vit de jeunes enfants d'une ravissante beauté que l'on
exposait en vente. Apprenant qu'ils étaient d'Angles, c'est-à-dire du
pays, encore païen, d'Angleterre: "Dites plutôt des Anges,
s'écria-t-il, s'ils n'étaient pas sous l'empire du démon." Il alla voir
le Pape, et obtint d'aller prêcher l'Évangile à ce peuple; mais les
murmures de Rome forcèrent le Pape à le retenir.
Le
Souverain Pontife étant venu à mourir, Grégoire dut courber ses épaules
sous la charge spirituelle de tout l'univers. L'un des faits
remarquables de son pontificat, c'est l'évangélisation de ce peuple
anglais dont il eût voulu lui-même être l'apôtre.
Grégoire
s'est rendu célèbre par la réforme de la liturgie et le
perfectionnement du chant ecclésiastique. Il prêchait souvent au peuple
de Rome, et lorsque la maladie lui ôtait cette consolation, il
composait des sermons et des homélies qui comptent parmi les
chefs-d'oeuvre de ce grand docteur. Son pontificat fut l'un des plus
féconds dont s'honore l'Église. Grégoire mourut le 12 mars 604. On le
représente écoutant une colombe qui lui parle à l'oreille. Il est
regardé comme le patron des chantres.