SAINT NICOLAS de FLÜE
Ermite en Suisse
(1417-1487)
Saint
Nicolas de Flüe naquit en Suisse, de parents pieux. Un jour, à la vue
d'une flèche élancée, sur une montagne voisine, il fut épris du désir
du Ciel et de l'amour de la solitude. Il se maria pour obéir à la
volonté formelle de ses parents et eut dix enfants. Son mérite et sa
vertu le firent choisir par ses concitoyens pour exercer des fonctions
publiques fort honorables.
Sa prière habituelle était
celle-ci: "Mon Seigneur et mon Dieu, enlevez de moi tout ce qui
m'empêche d'aller à Vous. Mon Seigneur et mon Dieu, donnez-moi tout ce
qui peut m'attirer à Vous."
Il avait cinquante ans,
quand une voix intérieure lui dit: "Quitte tout ce que tu aimes, et
Dieu prendra soin de toi." Il eut à soutenir un pénible combat, mais se
décida en effet à tout quitter, femme, enfants, maison, domaine, pour
servir Dieu. Il s'éloigna, pieds nus, vêtu d'une longue robe de bure,
un chapelet à la main, sans argent, sans provision, en jetant un
dernier regard tendre et prolongé vers les siens.
Une
nuit, Dieu le pénétra d'une lumière éclatante, et depuis ce temps, il
n'éprouva jamais ni la faim, ni la soif, ni le froid. Ayant trouvé un
lieu sauvage et solitaire, il s'y logea dans une hutte de feuillage,
puis dans une cabane de pierre. La nouvelle de sa présence s'était
répandue bientôt, et il se fit près de lui une grande affluence. Chose
incroyable, le saint ermite ne vécut, pendant dix-neuf ans, que de la
Sainte Eucharistie; les autorités civiles et ecclésiastiques, saisies
du fait, firent surveiller sa cabane et constatèrent la merveille d'une
manière indubitable.
La Suisse, un moment divisée,
était menacée dans son indépendance par l'Allemagne. Nicolas de Flüe,
vénéré de tous, fut choisi pour arbitre et parla si sagement, que
l'union se fit, à la joie commune, et la Suisse fut sauvée. On mit les
cloches en branle dans tout le pays, et le concert de jubilation se
répercuta à travers les lacs, les montagnes et les vallées, depuis le
plus humble hameau jusqu'aux plus grandes villes.
Nicolas
fut atteint, à l'âge de soixante-dix ans, d'une maladie très aiguë qui
le tourmenta huit jours et huit nuits sans vaincre sa patience.
Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.