
SAINTE AGATHE
Vierge et Martyre
(+ 254)
Deux
villes de Sicile, Palerme et Catane, se disputent l'honneur d'avoir
donné naissance à sainte Agathe; ce qui est certain, c'est qu'elle fut
martyrisée à Catane, sous l'empereur Dèce.
Dénoncée au
préteur Quintianus, comme chrétienne, Agathe lui fut amenée. La beauté
de la jeune fille le séduisit; il conçut pour elle une passion
criminelle et crut venir à bout de son dessein en la remettant aux
mains d'une femme débauchée, nommée Aphrodisia. Aphrodisia employa son
art et son artifice afin de séduire Agathe, sans pouvoir y réussir; et
après un mois de tentatives, elle s'en fut trouver le préfet pour lui
annoncer l'inutilité de ses efforts.
Le juge alors fit comparaître la servante du Seigneur devant son tribunal.
"Qui es-tu?
- Je suis noble et d'une illustre famille, toute ma parenté le fait assez connaître.
- Pourquoi donc suis-tu la chétive condition des chrétiens?
- Parce que la véritable noblesse s'acquiert avec Jésus-Christ dont je me dis la servante.
- Quoi donc! sommes-nous dégradés de noblesse pour mépriser ton Crucifié?
- Oui, tu perds la véritable liberté en te faisant esclave du démon jusqu'au point d'adorer des pierres pour lui faire honneur."
Afin
d'apprendre à la jeune fille à mieux parler, Quintianus la fit frapper
sur la joue, et commanda qu'on la conduisit en prison, lui disant
qu'elle eût à se préparer à renier Jésus-Christ ou à mourir dans les
tourments. Le lendemain, le juge essaya de gagner Agathe par des
promesses, mais il la trouva inébranlable, et ses réponses excitèrent
tellement la rage du persécuteur, que, sur son ordre, on arracha un
sein à la Sainte. Elle dit à Quintianus: "N'as-tu pas honte, ô cruel
tyran, de me faire souffrir de cette façon, toi qui as sucé ta première
nourriture du sein d'une femme?"
Quand elle fut rentrée
dans la prison où le préfet avait défendu de lui rien donner, saint
Pierre lui apparut et la guérit au nom du Sauveur; la Sainte s'écria:
"Je Vous rends grâces, ô mon Seigneur Jésus-Christ, de ce qu'il Vous a
plu de m'envoyer Votre Apôtre afin de guérir mes plaies et de me rendre
ce que le bourreau m'avait arraché," et la prison fut remplie d'une si
éclatante lumière que les gardiens s'enfuirent épouvantés, laissant les
portes ouvertes.
Les autres prisonniers conseillaient
à Agathe de prendre la fuite, mais elle répondit: "Dieu me garde de
quitter le champ de bataille et de m'enfuir en voyant une si belle
occasion de remporter la victoire sur mes ennemis."
Quatre
jours après, Agathe fut ramenée devant le juge qui, la voyant saine et
sauve, fut rempli d'étonnement; sa rage n'en devint que plus grande.
Par son ordre, on roula la Sainte sur des têts de pots cassés et sur
des charbons, en même temps que l'on perçait son corps de pointes
aiguës. Pendant ce supplice, un tremblement de terre survint, et les
principaux ministres de la cruauté de Quintianus furent écrasés. La
ville, épouvantée, vit là un châtiment du Ciel, et le persécuteur,
craignant qu'on ne lui enlevât sa victime, se hâta de la renvoyer en
prison. Quand elle y fut rentrée, Agathe dit: "Ouvrez, Seigneur, les
bras de Votre miséricorde, et recevez mon esprit qui désire Vous
posséder avec tous les transports d'amour dont il est capable," et en
achevant ces mots elle expira (254).
Aussitôt que la
nouvelle de cette mort se fut répandue, toute la ville accourut pour
honorer les restes de sainte Agathe, et au moment où on voulut la
mettre dans le tombeau, cent Anges, sous la figure de jeunes hommes,
apparurent, et au front d'Agathe inscrivirent ces mots: "C'est une âme
sainte; elle a rendu un honneur volontaire à Dieu et elle est la
rédemption de sa patrie." Quintianus, de son côté, était parti pour se
mettre en possession des biens de la servante de Dieu, mais au passage
d'une rivière, un cheval le mordit au visage et un autre, à coups de
pieds, le précipita dans l'eau où il se noya.
La
dévotion à sainte Agathe ne tarda pas de se répandre partout, mais
nulle part elle ne fut plus honorée qu'à Catane. Plusieurs fois sa
protection a sauvé cette ville des éruptions de l'Etna, et pour cela il
suffisait aux habitants de donner, comme barrière aux torrents de lave
qui descendaient de la montagne, un objet qui avait touché le corps de
la Sainte.